Logo LLF Conférences du Laboratoire de Linguistique Formelle

2011-2012

Farrell Ackerman (Université de Californie à San Diego)

Typologie descriptive et théorie grammaticale : une étude de la morphosyntaxe des relatives en théorie des constructions

Les lundis 6, 13, 20 et 27 février 2012, de 10h à midi, à l'UFR de linguistique, 175 rue du Chevaleret, 75013 Paris (métro Chevaleret, bus 27: Clisson) en salle 4C92 (4e étage).

Résumé : Sometimes in the course of examining lesser studied languages an encoding strategy for a familiar empirical phenomenon seems surprising, even puzzling, given expectations developed on the basis of previous descriptive and theoretical research: it seems anomalous. Following Kibrik (2003:304), this impression may arise simply because of pervasive presuppositions and assumptions in linguistic theory: such assumptions guide a popular strategy in linguistic theory to analyze unexpected rarity as variants of a more familiar pattern. But, rarity can be viewed differently: as an instruction to re-evaluate various fundamental assumptions about theory design. This is arguably the role of rarity or the unusual in the developmental sciences which emphasizes the importance of variation in complex objects. Recently Evans and Levinson (2009, 2010) have argued for a parallel recognition for the significance of variation in linguistic analysis. In these lectures I will present an extended case study of grammatical `oddity', specifically, examining a theoretically unexpected prenominal relative clause type in related and unrelated languages in Eurasia: among other issues, these relatives raise questions concerning the role of locality in linguistic theory. I will demonstrate that this largely undocumented and infrequently analyzed relative clause type is a composite of properties found in four independent morphological and syntactic constructions: wherever this relative type appears the grammar of the language contains the same four independent constructions. (Cross-linguistic research suggests that their presence is necessary not sufficient for the appearance of this relative type.) This relative, consequently, is best interpreted as a new construction made of old parts and, I argue, requires construction-theoretic assumptions for its explanation/ motivation: a guiding assumption is the notion of `cooperating constructions' in Malouf (2000, 2003) and Kathol (2003). In order to develop this line of argumentation the lectures will be divided as follows. Lecture 1 will introduce the notion of linguistic rarity, its proposed role in theory construction, the utility of the developmental sciences for analyzing language, and it will present the basic phenomena and challenges posed by the Eurasian relative clauses. Lecture 2 will focus on where these relatives fit within the typology of relative clauses and the pronominal encoding of subject arguments, on various construction-theoretic approaches to analysis that have been proposed in the literature and it concludes with a brief critique of previous attempts to analyze these relatives. Lecture 3 gives a sketch of a large fragment of Tundra Nenets grammar, since the relatives in this language are the main empirical focus of the our analysis. Lecture 4 develops our construction-theoretic proposal and how it addresses variation within the class of Tundra Nenets relatives, and concludes with some remarks on the cross-linguistic expression of this relative type. The lectures are based on a recently completed book with my co-author Irina Nikolaeva (with the same title as these lectures) and portions of this book will be available for reading.

2008-2011

Mary Dalrympl (Oxford University)

A very long-distance anaphor?

Lundi 6 juin 2011 à 12h
175 rue du Chevaleret, 4e étage, salle C492

Résumé : Yag Dii (Niger-Congo/Adamawa-Ubangi) has a complicated pronominal system, with four series of pronouns whose distribution is determined by the type of clause in which they appear (Bohnhoff 1986). One series exhibits an extreme degree of long-distance binding: it must appear as the subject of a subordinate clause which is itself embedded within a separate syntactically-defined subordinate domain, with the result that it must be at least two clauses removed from its antecedent. The distribution of the Yag Dii pronouns is difficult to capture by reference to standard noncoreference domains and the standard primitives of binding theory. Instead, binding patterns can be defined in a relatively straightforward way in terms of local specifications associated with particular domains and with subjects of particular types of clauses, with more fully specified forms blocking the use of less specified forms in the same position.

Jean-Marie Marandin (LLF)

Le type phrastique exclamatif

Lundi 13 octobre 2008 de 16h30 à 18h30
30 rue du Château des Rentiers, 1er étage, salle 124

Résumé : Je présente un ensemble de propriétés qui isolent dans le groupe de phrases traditionnellement classées comme exclamatives (la tradition est reprise dans la littérature générative) une famille ayant un comportement discursif distinct de celui des interrogatives et des déclaratives. La propriété partagée par tous les membres de cette famille relève de l'évidentialité (ego-évidentialité). Elle donne lieu à deux grands types d'interprétation : scalaire (Kennedy & McNally 2005) et à parangon (Lakoff 1987). On retrouve ici le contraste entre « construction de degré contrastive » et « construction de degré adéquative » que Benveniste 1948 avait mis à jour pour les comparatives et les superlatifs. Enfin, la famille se distribue dans un grand nombre de sous-types syntaxiques. J'exprime l'analyse dans le cadre constructionnel de Ginzburg & Sag 2000 : ce cadre se présente comme une hiérarchie d'héritage de contraintes multidimensionnelle.

Jean-Pierre Koenig (Linguistics Department University at Buffalo, the State University of New York)

Qu'est-ce qu'un état parfait ?
(travail réalisé en collboration avec Atsuko Nishiyama )

Lundi 17 novembre de 16 h 30 à 18 h 30
30, rue du Château des rentiers, 1er étage, salle 133

Résumé : Bien que de nombreuses études aient essayé d'expliquer les diverses interprétations du présent parfait en Anglais, aucune n'a vraiment réussi. Dans cette conférence, nous proposons que le parfait n'est pas ambigu an niveau sémantique mais pragmatique. Plus précisément, nous proposons (i) que la signification du parfait introduit une éventualité et un état dont la catégorie est sous-spécifiée au niveau sémantique (une variable libre), et (ii) que ce sont des raisonnements de type néo-Griciens qui amènent à spécifier davantage la valeur de cette variable libre.

Nous présentons ensuite les résultats d'une étude de corpus de plus de 600 exemples qui montrent (i) que la plupart des parfaits reçoivent une lecture continuative ou (sémantiquement) résultative; (ii) que la spécification de la catégorie de l'état introduit par le parfait repose sur des règles de raisonnement relativement simples; (iii) que le parfait en Anglais n'élabore pas nécessairement sur un topique pré-existant; (iv) que le choix d'un parfait aide à établir la cohérence du discours en aidant le lecteur à établir des relations entre les segments du discours.

M.-E. Ritz (UWA) & Patrick Caudal (LLF, U. Paris 7)

Le système aspectuo-temporel du panyjima (langue de l'Australie Occidentale) : de la morphologie au discours

Lundi 24 novembre 2008 de 16 h 30 à 18 h 30
30 rue du Château des Rentiers, 1er étage, salle 124

Résumé : Le présent exposé présentera les résultats partiels d'une entreprise collective* d'analyse et de traitement formel du système aspectuo-temporel du panyjima, une langue fortement agglutinante de la `Pilbara Region', dans le nord-ouest de l'Australie. Comme nombre d'autres langues australiennes, le panyjima possède une morphologie, tant dérivationnelle qu'inflectionnelle très développée ; les catégories du temps et de l'aspect y sont largement représentées. Il ne pourra donc être question ici de traiter (même sommairement) la morphologie aspectuo-temporelle du panyjima dans sa totalité ; nous nous concentrerons plutôt sur quelques uns des éléments structurants de la grammaire du temps et de l'aspect dans cette langue, d'abord dans le domaine de la morphologie verbale dérivationnelle, ensuite dans le domaine de la morphologie inflectionnelle. Nous prendrons pour point de départ de notre étude la description grammaticale du système verbal du panyjima présentée dans Dench (1991), et développerons nos analyses en exploitant un corpus de narrations collectées par A. Dench.

S'agissant de la morphologie dérivationnelle verbale, nous étudierons en détail les deux principaux affixes servant à former des racines verbales, et qui déterminent l'appartenance à une /classe de conjugaison/. En effet, en panyjima comme dans la plupart des langues australiennes, une racine verbale est formée par la combinaison d'un affixe `verbalisateur' avec une racine nominale (utilisée sans `verbalisateur' pour construire les énoncés simplement statifs). Le panyjima possède deux affixes verbalisateurs productifs, à savoir le causatif/factitif -/ma-L/, et l'inchoatif /-(ya)yi-Ø/, mais d'autres affixes moins productifs existent également. Bien que la position dominante dans la littérature n'attribue aucune fonction sémantique à ces affixes (cf. Dixon (1980: 382-383) : Conjugational differences ... appear to serve no communicative function. ( ) Most Australian languages have conjugational distinctions that carry no semantic information. Ou bien encore Dixon (2002:231) : [T]hey do not carry any meaning or functional contrast and are, basically, a useless irregularity.), nous suggérerons ici qu'ils apportent un contenu aspectuel et actionnel/causal aux verbes qu'ils servent à former ; nous tenterons de montrer que ces affixes encodent une information aspectuelle relevant de la /structure des situations/, mais pas du /point de vue aspectuel/ (au sens de Smith 1991).

Une fois les grandes lignes des mécanismes de construction du sens aspectuel dans la morphologie inflectionnelle établis, nous établirons comment ils doivent s'articuler avec les mécanimes sémantiques aspectuels associés à la morphologie flectionnelle, et à son interprétation dans le discours (nous illustrerons ici l'importance d'une approche globale et intégrative de l'interprétation aspectuelle, de la morphologie au discours, dans l'esprit de par ex. Caudal & Roussarie 2005). Pour ce faire, nous étudierons plus en détail deux marqueurs de temps très fréquents dans notre corpus du panyjima, à savoir le « passé (simple) » -/nha/ et le « parfait » -/lha/ (nous employons ici la terminologie descriptive établie). Nous étudierons notamment la distribution syntaxique et discursive de ces marqueurs (le « parfait » -/nha/ étant par ex. exceptionnellement représenté en dehors des subordonnées), et leur co-occurrence avec des particules ou clitiques à fonction temporelle discursive - ils forment avec ces derniers des structures complexes, dont l'interprétation se joue à l'interface sémantique/pragmatique. Nous verrons ainsi que le clitique -/rru/ « now », se combine avec le « passé » -/nha/ pour produire des interprétations de type parfait - ce qui suggère que ce temps ne devrait pas être catégorisé comme un (pur et) simple passé. De même, nous verrons que le clitique /layi/, décrit par Dench (1991) comme un marqueur `d'avancement de l'axe temporel' se combine fréquemment avec le parfait pour décrire des séquences d'événements - un phénomène connu dans la littérature pour ne pas être caractéristique des parfaits `canoniques' (cf. Dahl 2000, i.a.).

Notre but dans cette seconde partie sera au total de proposer une sémantique et une pragmatique précise pour les temps du panyjima ancrant des événements dans les sphères du passé et du présent / `post passé', en relation à notre analyse de l'information aspectuo-temporelle encodée par la morphologie dérivationnelle de cette langue.

* : Projet DRI CNRS n°21339 (coopération France/Australie), Traitement formel des phénomènes aspectuels, temporels et modaux dans deux langues aborigènes du nord-ouest de l'Australie: le martuthunira et le panyjima. Responsables : P. Caudal (LLF, UMR CNRS 7110) & M.-E. Ritz (U. of Western Australia). Autres participants: A. Dench (UWA), L. Roussarie (U. Paris 8)

Mélanie Jouitteau (LLF)

SALLE UFR Informatique 30 rue du Château des Rentiers 75 013 Paris

Résumé : Dans cette présentation, je partage ma boite à malices. Il existe depuis peu des outils qui servent la recherche sous plusieurs aspects. Ces outils sont gratuits, simples et efficaces. Certains sont faciles d'accès depuis peu et c'est pour cela qu'ils ne font pas encore pleinement partie de notre culture de recherche. D'autre sont connus depuis longtemps, mais des linguistes malins ont trouvé de nouvelles façon de les mettre à notre service. Dans cette présentation, je voudrais vous montrer des exemples de ces outils et les discuter.

Dans une première partie (15h30-16h), je vous présenterai des petites astuces pour, entre autres, partager des documents de manière instantanée avec un.e collègue à distance, ou apprendre à l'ordinateur à lire une bibliothèque entière en une seconde, à la recherche d'un mot clef (je vous promets que ça change la vie). Dans une seconde partie (16h-17h, et plus si affinités), je vous présenterai mon projet de recherche, ARBRES. Il s'agit d'un projet de collecte de la microvariation syntaxique de la langue bretonne, une langue sous-documentée, géographiquement proche mais en danger d'extinction rapide. J'ai pour ce projet des ressources extrêmement limitées, et je vous montrerai comment j'utilise l'outil informatique dans ce projet, à partir d'un site wiki.

http://makino.linguist.jussieu.fr/ARBRES/index.php/Accueil

J'espère vous montrer que l'outil wiki permet d'inventer de nouvelles façon de faire de la recherche, de penser différemment le rapport avec la population, en accord avec notre mission de service public, mais aussi notre rapport avec le terrain. Je développerai un exemple concret, autour de la fiche de collecte « doublage des marques du pluriel ».

Pour assister à cette présentation, il faut : vouloir se faciliter la vie, vouloir élargir nos ressources, vouloir discuter de nos outils et moyens de recherche. Il n'y a pas du tout besoin : de travailler dans mon cadre théorique en syntaxe, d'être intéressé par les langues celtiques ni même par le doublage des marques du pluriel, d'être un crack en informatique (les informaticien.ne.s syntactico-morphologues celticistes générativistes minimalistes tendance 'I love data' seront cependant toléré.e.s s'ils promettent d'être sages et s'il reste des places)

Noam Faust (LLF)

La morpho-syntaxe du suffixe agentif /-an/ en hébreu moderne

Lundi 26 janvier 2009, 16h30-18h30, salle 124
UFRL, 30 rue du Château des Rentiers, 1er étage

Résumé : La suffixation du morphème agentif /-an/ est parmi les processus les plus productifs de l'hébreu moderne. Ce suffixe semble sélectionner une grande variété de bases nominales : des plus simples noms (/Srir `muscle'/ => /Sriran `body builder'/) aux plus complexes (/mahapexa `révolution'/ => /mahapxan `(un) révolutionnaire'/; /itur `localisation'/ => /ituran `GPS'/). Mais -an peut aussi être suffixé de façon non-concaténative, imposant ses propres vocalisation et prosodie, ce qui donne le gabarit QaTLan/ (dégel `drapeau'/ => /daglan `porte-drapeau'/). Dans ce dernier cas, la base n'est pas toujours claire : ? => /xamcan `oxygène'/ (lié à /xamuc `acide'/).

Le processus/ déverbal/ est le plus productif : -an s'attache à un radical verbal et donne un nom agentif avec le sens approximatif de « quelqu'un qui fait V beaucoup/souvent ». Le radical est différent pour chaque paradigme verbal : QaTLan ou QoTLan pour les verbes du groupe appelé QaTaL, QaT(T)Lan pour ceux du groupe QiTTeL, et maQTiLan pour ceux du groupe iQTiL. Dans le premier cas, le même gabarit QaTLan, attesté dans les agentifs dénominaux, est utilisé ; mais cela est discutable pour les agentifs des verbes en QiTTeL, est clairement impossible pour les agentifs des verbes en iQTiL, qui sont dérivés d'une forme participiale de surface maQTiL.

Le but principal de cette présentation est de caractériser les propriétés sélectives de ce suffixe. Les questions suivantes sont soulevées : 1) Pourquoi le gabarit spécial QaTLan est-il utilisé à ces endroits précisément ? ; 2) Quelle catégorie les radicaux des cas déverbaux portent-ils ? ; et 3) Pourquoi certaines formes participiales ne peuvent-elles pas être la base d'un agentif, tandis que d'autres sont la seule base possible ?

L'analyse présente une approche selon laquelle la Morphologie est de nature syntaxique. Les idées de Doron 2003, où les formes verbales de l'hébreu moderne sont analysées d'un point de vue similaire, servent comme support. Le gabarit CV unique proposé en Faust (2008), qui est construit syntaxiquement, est également utilisé. L'analyse propose qu'il existe des formes syllabifiées (c-à-d pas uniquement consonantales) qui ont un statut de racine. Cette proposition répond aux questions soulevées plus haut.

How to build an agency: the morphosyntax of Modern Hebrew /-an/

Suffixation of the agentive morpheme /-an/ is one of the most productive processes in Modern Hebrew (MH) morphology. This suffix seems to select for a wide variety of bases among existing nouns: from the most simple nouns (/Srir `muscle'/ => /Sriran `body bulider'/) to the most complex (/mahapexa `revolution'/ => /mahapxan `(a) revolutionary'/; /itur `location'/ => /ituran `locating device'/). But -an may also be non-concatenatively suffixed along with its own prosodic pattern and stem vocalisation, yielding the sequence CaCCan: /dégel `flag'/ => /daglan `flag bearer'/, /*di/eglan/. In the latter cases, the base is not always clear: ? => /xamcan `oxygen'/ (related to /xamuc `sour'/).

The most productive process is deverbal. The sufffix /-an/ is attached to a verbal stem and creates an agentive noun with the approximate meaning of `someone who does V a lot/ regularly'. The verbal stem is different for each verbal form: CaCCan or CoCCaC for verbs originating in the first binyan, CaC(C)Can for those of the CiCCeC binyan and maCCiCan for those of the causative iCCiC template. In the first pattern, use is made of the special CaCCan template; but this is not so in the second pattern, which is derived from a real stem, or in the third pattern, which is built on the present tense stem maCCiC.

The main aim of this talk is to characterize the selectional properties of the /-an/ suffix. The following questions are raised: 1) Why is the special template CaCCan used in some cases and not in others? 2) What category does the verbal stem in deverbal /-an/ forms carry? and 3) Why doesn't MH have the forms /mitCaC(C)Can /(

The analysis takes an approach according to which morphology is syntactic in nature. It makes use of Doron (2003), where MH verbal morphology is analyzed syntactically, and Faust (in progress), where a single CV-template is proposed for all verbs and the syntactic structure of basic MH nouns is defined. Apparently unrelated phenomena in the language are examined, and a proposal is ultimately put forth according to which some (restrictively defined) fully syllabified forms are accorded the status of roots. This proposal answers the questions raised above.

Denis Paillard (LLF)

La notion de prédicat complexe : Préfixation - Particules Verbales - Constructions verbales sérielles

Lundi 2 mars 2009, 16h 30, salle 124 :
30, rue du Château des Rentiers, 75013 Paris

Résumé : On parle de prédicat complexe lorsqu'une proposition présente plus d'un élément prédicatif. Sur le plan des phénomènes empiriques concernés, on observe une forme de consensus (même si beaucoup d'auteurs abordent cette notion en relation avec une classe de phénomènes particuliers) : verbes préfixés (notamment dans les langues slaves), particules verbales de l'anglais, constructions verbales sérielles.

Si la définition générale est consensuelle, cette notion a suscité de très nombreux débats. Nous pouvons mentionner les points suivants :

  • la notion de prédicat complexe a entraîné un questionnement de la notion même de « mot » ;
  • sur quel(s) plan(s) rendre compte des prédicats complexes ? Si on laisse de côté les approches qui cherchent à réduire la représentation des prédicats complexes à la syntaxe ou au lexique, la plupart des auteurs avancent l'idée qu'il faut mettre en jeu plusieurs plans : syntaxe, sémantique et lexique.
  • dans les constructions sérielles, la présence dans une même proposition de 2 (n) V pose la question de la nature de la combinatoire entre ces V : peut-on définir une hiérarchie entre les V, et, dans l'affirmative, quels sont les critères à mettre en jeu ?

Dans cet exposé nous chercherons à définir un cadre « unitaire » pour traiter différents phénomènes généralement regroupés sous le terme de prédicat complexe : verbes préfixés en russe et en khmer, construction verbales sérielle en khmer, mais aussi particules verbales de l'anglais. Parler d'un cadre unitaire ne signifie nullement minimiser les différences ni entre les phénomènes, ni entre les langues.

Geraldine Legendre (John Hopkins U.)

Subject doubling in Spoken French

Lundi 23 mars 2009, 16h 30-18h, salle 124,
30, rue du Château des Rentiers, 75013 Paris.

Résumé : I will present empirical and experimental evidence which bear on the status of sentences like 'Jean il aime le foot' and argue that such sentences are best analyzed as instances of true doubling, consistent with the idea that French subject clitics are currently being reanalyzed as agreement markers.

Rose-Marie Dechaine (UBC) & Mireille Tremblay (U. de Montréal)

What should a theory of (syntactic) categorization account for?

Lundi 6 avril 2009, 16h 30-18h, salle 124 ou 134,
30, rue du Château des Rentiers, 75013 Paris.

Abstract : We propose that the ontology of categorization reflects the logic of individuation (requiring differentiation, discrimination and recognition) and set-formation (requiring identification, classification and labeling). We ague that categorization has specific correlates, as follows.

1. The ontogeny of categorization reflects a division between open- and closed-class items which is the basis of proto-grammar.

2. The phylogeny of categorization reflects the distinction between Faculty of Language in the Broad Sense (FLB) versus Narrow Sense (FLN) (Hauser et al. (2002). Auditory categorical perception and vocabulary size instantiate FLB. Class partition arises via recursive application of Merge and instantiates FLN. This clarifies the `logical problem of language evolution' (Christiensen & Chater (2008): FLB reflects general-learning mechanisms; only FLN is language-specific, reducing to recursion.)

3. The neurological basis of categorization with respect to neural information pathways is likely mediated by neural activity in the dorsal what stream and the ventral where stream. We suggest that object-recognition in the dorsal where stream corresponds to the cognitive act of individuation; syntactically, this yields an argument (DP) expression. Property recognition in the ventral what stream corresponds to the cognitive act of set-formation; syntactically, this yields a predicate expression.

4. Changes in categorization over time (diachrony) arise via the successor function in two ways: addition and subtraction. For Lexical categories this corresponds to vocabulary expansion or contraction. For Functional categories, this corresponds to sub-class addition (introduction of a novel Functional category), sub-class subtraction (elimination of a Functional category).

5. Typologically, all languages have a class partition between open- and closed-class items (Gil 2005); so the lower bound on the number of word-classes is two. We show that although class partition is constrained by Merge, there is no upper bound to the number of word-classes.

6. Syntactic categorization displays cross-modal parallelism: the constraints that hold of the ontology, ontogeny, phylogeny, neurology, diachrony, and typology of syntactic categorization in spoken languages also holds of signed languages.

Dara Non (doctorant LLF)

À propos du syntagme nominal complexe en khmer

Lundi 11 mai 2009, 16h 30-18h, salle 124,
30, rue du Château des Rentiers, 75013 Paris.

Résumé : En khmer moderne, la formation d'un syntagme nominal complexe à partir de deux N ou GN notés ci-dessous *X* et *Y* met en jeu une série de mots grammaticaux que nous désignerons comme des « relateurs ». Parmi ces relateurs, on peut citer: /campueh/,/ samrap/,/ khnong/,/ nov/,/ novkhnong,/ /khnongcamnaom/, /nej/ et /robah/. La relation entre X et Y peut également être caractérisée par l'absence de tout relateur. Souvent ces relateurs sont en concurrence.

Les relateurs /nej/, /robah/ et l’absence de relateur sont les plus complexes. Ils sont aussi les plus utilisés et sont, pour la plupart des cas, remplaçables l’un par l’autre. A part l’absence de relateur qui n’a pas vraiment fait l’objet d’une étude systématique, les deux autres sont considérés par certains ouvrages de grammaire du khmer comme quasi-synonymes (Chuon, 1967). D’autres auteurs cherchent à démontrer que /nej/ marque une relation d’appartenance et /robah/ indique la possession (Khin, 1999). La distinction entre ces relateurs est parfois présentée comme un problème de registre de langue : /nej/ serait caractéristique de la langue littéraire alors que /robah/ et l’absence de relateur seraient réservés à l’usage de la langue courante. Dans cette présentation, nous montrerons que chacun de ces relateurs a un contenu sémantique propre. On étudiera également la différence entre les cas où l’on a un relateur et les cas caractérisés par l’absence de tout relateur. En référence à la théorie des opérations prédicatives et énonciatives développée par A. Culioli, je poserai qu’entre X et Y on a une opération complexe de repérage, dont le statut est déterminé par la sémantique propre à chaque relateur.

2007-2008

Bernard Fradin (LLF)

Les séquences N1N2 en français

Lundi 28 janvier 2007 de 16 h 30 à 18 h 30
30 rue du Château des Rentiers, 1er étage, salle 124

Résumé : La conférence portera sur les expressions N1N2 (en français essentiellement). Cette forme recouvre des expressions très diverses, dont le fonctionnement n'est pas toujours très clair: /boulanger-pâtissier, talon-aiguille, panier-repas, espace fumeur, filière-bois, vice-président-recherche/, /langage machine/, etc. Dans un premier temps, on s'attachera à établir quels sont les divers types auxquels appartiennent ces expressions. On abordera ensuite la question de leur formation en essayant de distinguer celles qui rele`vent de la syntaxe et celles qui relèvent de la morphologie. Les solutions restent très ouvertes et la discussion devrait faire avancer les choses. Pour alimenter celle-ci, on peut apporter ses exemples (même dans d'autres langues que le français, car des expressions de ce genre semblent universellement répandues).

Jacques Jayez (ENS Lyon)

Lundi 18 février de 16 h 30 à 18 h 30
30 rue du château des rentiers, 1er étage, salle 124

Attachements et implicatures conventionnelles

Résumé : L'attachement (discursif), c'est-à-dire la façon dont les segments de discours peuvent être reliés les uns aux autres par des relations de discours forme un thème central de théories comme la RST et la SDRT. L'attachement interagit apparemment avec les informations « non centrales » comme les présuppositions et les implicatures conventionnelles. Cela a été remarqué par Ducrot en 1972 pour les présuppositions, et ressort de travaux plus récents (Jayez & Rossari, Potts) pour les implicatures conventionnelles. En gros, il est difficile d'attacher un segment B au moyen de certaines relations à une présupposition ou une implicature conventionnelle d'un segment A.

Dans cet exposé, en m'appuyant sur des adverbes (« presque ») et des particules de discours, je discute les aspects et les raisons de cet état de choses. Je montre qu'une contrainte qui interdirait l'attachement aux informations non centrales est trop forte et ne correspond pas à l'extrême diversité des enchaînements, qui comprennent notamment des procédures métalinguistiques. Je propose de considérer (1) que les informations non centrales sont des informations grammaticalement marquées comme non intentionnelles, à la différence des informations centrales, (2) qu'en vertu de contraintes très générales sur la signification « non naturelle » (Grice), il est difficile d'intégrer les informations non intentionnelles et les informations intentionnelles, car une telle intégration ne permet pas ou pas souvent de construire une image d'intention publique ET cohérente de signification, spécifique de la communication humaine. A partir de cette problématique, je discute en particulier le statut des implicatures « non qualifiantes », telles que, par exemple, celle(s) portée(s) par « zut » par opposition à « cet idiot de N ».

Peter Culicover (Ohio State University)

Lundi 3 mars de 16 h 30 à 18 h 30
30, rue du Château des rentiers, 1er étage, salle 124

Beyond Simpler Syntax: Processing complexity and explaining island phenomena

Résumé : I focus on three closely related questions:

  • Why do natural languages have extraction islands?
  • Why do extraction islands take the form that we observe?
  • Why is there variability in the acceptability of extraction island violations?

I argue that we can begin to answer these questions by adopting the Simpler Syntax perspective of Culicover and Jackendoff (2005, 2006). On this view, syntactic representations are as simple as possible, as long as the correspondence between form and meaning is accounted for. I show that the Simpler Syntax fits comfortably with recent work that argues that the complexity of processing sentences contributes in essential ways to judgments of unacceptability, including some cases that have traditionally been categorized as`island violations' (Arnon et al. in press; Featherston 2005; Hawkins 1994, 2004). The key idea is that unacceptability judgments arise when the complexity of mapping the syntactic representation into the corresponding conceptual structure representation exceeds a certain threshold (Culicover and Nowak 2002; see also Keller 2000 and Kluender 1998, 2004 for related ideas). Using this general perspective, I offer some preliminary suggestions as to how to measure the complexity of mapping for a number of classical island phenomena.

References :

Arnon, Inbal, Neal Snider, Philip Hofmeister, T. Florian Jaeger, and Ivan A. Sag. In press. Cross-linguistic variation in a processing account: The case of multiple wh-questions. BLS 32.

Culicover, Peter W., and Ray Jackendoff. 2005. Simpler Syntax. Oxford, Oxford University Press.

Culicover, Peter W., and Ray Jackendoff. 2006. The simpler syntax hypothesis. Trends in Cognitive Sciences 10(9).413-418.

Culicover, Peter W., and Andrzej Nowak. 2002. Learnability, markedness, and the complexity of constructions. Language Variation Yearbook, Vol. 2, ed. by Pierre Pica, and Johan Rooryk, 5-30. Amsterdam, John Benjamins.

Featherston, Sam. 2005. Universals and grammaticality: Wh-constraints in German and English. Linguistics 43(4).

Hawkins, John A. 2004. Complexity and Efficiency in Grammars. Oxford, Oxford University Press.

Hawkins, John A. 1994. A Performance Theory of Order and Constituency. Cambridge, Cambridge University Press.

Keller, Frank. 2000. Gradience in Grammar: Experimental and Computational Aspects of Degrees of Grammaticality. Edinburgh., University of Edinburgh.

Kluender, Robert. 1998. On the distinction between strong and weak islands: a processing perspective. The Limits of Syntax, ed. by Peter W. Culicover, and Louise McNally, 241-279. New York, Academic Press.

Kluender, Robert. 2004. Are subject iIslands subject to a processing account? Proceedings of WCCFL 23, ed. by B. Schmeiser, V. Chand, A. Kelleher, and A. Rodriguez, 101-125. Somerville, MA:, Cascadilla Press.

Taro Kageyama (Kwansei Gakuin University)

Lundi 17 mars de 16 h 30 à 18 h 30
30, rue du Château des rentiers, 1er étage, salle 131

Lexical Information of Verbs and Implicational Universals of Resultative Predicates

Résumé : While resultative Constructions like (1) /He broke the vase to pieces/ and (2) /The prince kissed the princess awake/ have been hotly debated in lexical semantics and syntax, the central problem of how to determine the range of possible resultative predicates (RPs) vis-à-vis particular main verbs has not been adequately resolved. Thus in languages like Japanese, the counterpart of example (1) above is well-formed, whereas that of (2) is totally ungrammatical. In order to account for such cross-linguistic differences in the distribution of acceptable RPs, I propose a novel typology of RPs utilizing the lexical information contained in the Lexical Conceptual Structure (LCS) and Qualia Structure (QS) of main verbs. This proposal contrasts sharply with the previous approaches from event structure (Levin and Rappaport Hovav, Wechsler) and conventionalized constructions (Boas, Goldberg) in that it can make fine-grained distinctions based on a gradient implicational hierarchy of the `predictability of RPs' in terms of the lexical and pragmatic information of main verbs. Specifically, RPs are primarily ranked into three major classes: (i) the logical entailment class, where the semantic contents of RPs are specified in the LCS of the main verbs; (ii) the encyclopedic implication class, where the semantic contents of RPs are implied by the Telic role of the QS of the main verbs; and (iii) the pragmatic implicature group, where RPs are specified neither in LCS nor in QS but are only inferred pragmatically from context. It will be seen that the apparently divergent cross-linguistic distributions of RPs in English, Japanese, Italian, Hungarian, Thai, and other languages fall out systematically from the differences in the cutoff points on the hierarchy in individual languages. The proposed hierarchy gains additional support from English, where the semantic classification of different types of RPs is correlated with different degrees of syntactic extractability within the single language.

Sur le conférencier: : Taro Kageyama est professeur à Kwansei Gakuin Univerity. Responsable éditorial de Genko Kenkyu (revue de la société linguistique du Japon), il est membre du comité de lecture du Joural of East Asian Linguistics (Kluwer) et de plusieurs autres revues.
Centres d'intérêt: linguistique théorique, sémantique lexicale, syntaxe, morphology, comparaison entre l'anglais et le japonais.
Il a publié de très nombreux articles en japonais et en anglais, parmi lesquels on peut citer:

Ouvrages:

2006. Voice and Grammatical Relations: In Honor of Masayoshi Shibatani. (Co-edited with Tasaku Tsunoda.) Amsterdam: John Benjamins.

2001. Journal of Japanese Linguistics Vol. 17: Special Issue in the Interface between Lexical Semantics and Syntax/Morphology. [Guest editor] Indiana University. Semantics and Syntax/Morphology. [Guest editor] Indiana University.

1997. Verb Semantics and Syntactic Structure. Tokyo: Kurosio Publishers.

Articles:

1988. `Word Formation in a Modular Theory of Grammar : Post-syntactic Compounds in Japanese', Language 64: 3, pp. 451-484.

1989. `The Place of Morphology in the Grammar: Verb-Verb Compounds in Japanese,' in Geert Booij and Jaap van Marle (eds.) Yearbook of Morphology 2, pp. 73-94. Dordrecht: Foris.

1991. `Light Verb Constructions and the Syntax-Morphology Interface,' in Heizo Nakajima (ed.) Current English Linguistics in Japan, /pp. 169-203. Berlin: Mouton de Gruyter.

1998. `Phrasal Compounds and Lexical Integrity,' English Linguistics 15, pp. 309-315. (Co-authored with Kyoko Kato.) The English Linguistic Society of Japan.

2001. `Word Plus: The Intersection of Words and Phrases,' in Jeroen van de Weijer and Tetsuo Nishihara (eds.) Issues in Japanese Phonology and Morphology, pp. 245-276. Berlin: Mouton de Gruyter.

2004. `All the way/ Adjuncts and the Syntax-Conceptual Structure Interface,' English Linguistics 21:2, pp. 265-293. The English Linguistic Society of Japan.

2006. `Property Description as a Voice Phenomenon,' in Tasaku Tsunoda and Taro Kageyama (eds.) Voice and Grammatical Relations: In Honor of Masayoshi Shibatani, pp. 85-114. Amsterdam: John Benjamins.

Probal Dasgupta (Linguistic Research Unit, Indian Statistical Institute)

Lundi 14 avril de 16 h 30 à 18 h 30
30, rue du Château des rentiers, 1er étage, salle 131

La modalité subjonctive et la transparence en bangla

Résumé : La morphologie de la langue bangla (ou bengalie) ne connaît pas de subjonctif distinct. Mais la plupart des formes dites impératives s'emploient non seulement dans les propositions principales, où leur statut impératif est évident, mais aussi dans les propositions subordonnées, où elles se révèlent subjonctives. Les diagnostics qui donnent ce résultat utilisent la négation et certains traits du système auxiliaire. Or, il y a aussi un sous-système subjonctif (selon les mêmes diagnostics) qui est apparenté non à l'impératif mais à l'indicatif; appelons ce sous-système `subjonctif indicativâtre'. Si nous examinons une alternance entre les subjonctifs des deux espèces, nous trouvons que le subjonctif impérativâtre - de façon semblable à l'interrogation - est capable d'avoir une portée large sur une proposition principale, ce qui nous surprend. Nous n'avons jamais entendu parler d'une modalité dont l'effet se fait sentir à travers un complémenteur transparent.

Jean-Pierre Koenig (Linguistics Department University at Buffalo, the State University of New York)

Lundi 16 juin de 16 h 30 à 18 h 30
30, rue du Château des rentiers, 1er étage, salle 133

La syntaxe argumentale en iroquois et la notion de polysynthétisme

Résumé : Baker (1988) propose que les langues polysynthétiques se caractérisent par le fait que les groupes de mots sont visibles par une tête H seulement si elles sont co-indexées avec un morphème d'accord (des affixes pronominaux) /ou/ avec une tête nominale incorporée à H. Cette hypotèse prédit que les affixes pronominaux sont en distribution complémentaire avec l'incorporation nominale.

Dans cette conférence, nous commençons par montrer que cette prédiction est fausse pour l'iroquois. Nous montrons ensuite que ce ne sont pas seulement les groupes nominaux qui sont structurellement adjoints (comme Baker le soutient), les phrases (CP) le sont aussi. Enfin nous montrons que, bien que les phrases soient structurellement adjointes, elles peuvent entrer dans des dépendances syntaxiques avec les têtes dont elles sont des arguments sémantiques.

Notre examen de la syntaxe argumentale de l'iroquois nous amène à deux conclusions :

Premièrement, une des conséquences du polysynthétisme, dans certaines langues, est que la syntaxe argumentale est non-projective. Il n'y a pas de projection de N ou V en iroquois ; il n'y a que de l'adjonction. Ce modèle du polysynthétisme iroquois diffère non seulement de celui de Baker, mais aussi de celui qu'Austin et Bresnan (1993) proposent pour certaines langues aborigènes d'Australie.

Deuxièmement, les données de l'iroquois supportent les approches syntaxiques qui distinguent la notion de structure argumentale et de valence (comme HPSG). Bien que les phrases ne correspondent pas à des membres de la valence du verbe, elles correspondent à un membre de sa structure argumentale, que l'entrée lexicale du verbe peut donc alors contraindre.

 

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Dernière mise à jour: 19/01/2012