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Séminaire du groupe « Théorie des opérations prédicatives et énonciatives » |
Résumé : La notion de prédicat complexe a donné lieu à toute une série de travaux et de débats depuis une dizaine d'années (verbes préfixés, constructions sérielles, etc.). Dans le cadre de cet exposé il s'agira de reprendre cette notion à la lumière de l'article de S. De Vogüé « Qu'est ce qu'un verbe ? » (in : Constructions verbales & production du sens, PU de Franche Comté, 2006). Rappel : pour S. De Vogüé « la caractérisation d'un verbe se joue sur trois plans : a. schéma de lexis ; b. forme schématique (identité sémantique du verbe) ; c. constructions syntaxiques.
Résumé : La forme de la conjugaison (ou voix) médio-passive du grec moderne marque l'absence de distinction morphologique entre les différentes diathèses (réfléchie, moyenne, récessive, passive) qui peuvent lui être associées. Cette conjugaison est aussi caractérisée par une fracture sur le plan du marquage morphologique de la voix entre les deux thèmes aspectuels du grec moderne, le thème de présent (voix marquée dans la désinence verbale) et le thème d'aoriste (voix marquée dans le thème par suffixation). Les points que nous allons discuter sont les suivants :
Résumé : Le russe est une langue sans articles où le syntagme nominal peut se réduire au seul substantif, l'occurrence à laquelle il réfère étant actualisée sur la base des données contextuelles, situationnelles, ou par le biais de la relation prédicative dont il instancie une place. Lorsque le syntagme contient des déterminants accordés, ceux-ci sont normalement antéposés au substantif, les déterminants pronominaux (démonstratifs, possessifs, indéfinis), qui assurent l'ancrage spatio-temporel de l'occurrence nominale, précédant les déterminants lexicaux (adjectifs qualificatifs et relationnels), qui spécifient ses propriétés notionnelles. On a donc la séquence canonique : Actualisateur - Adjectif lexical - Substantif, où le substantif porte l'accent de syntagme, ce que nous notons par les caractères gras. Cette séquence canonique peut être modifiée en contexte, tant au niveau de la prosodie (l'accent peut se déplacer sur un des déterminants, qui devient foyer de contraste) qu'en ce qui concerne l'ordre linéaire.
Nous nous proposons d'étudier ici l'une de ces modifications, dans laquelle les déterminants sont rejetés après le substantif, qui reste porteur de l'accent de syntagme, ce qui donne la séquence à accent initial : Substantif - Déterminants accordés. Ce type d'« inversion » est généralement mis au compte de l'« expressivité » ou de la stylistique. Nous voudrions montrer qu'il obéit en fait à des contraintes très précises et a pour fonction de marquer que le syntagme ne fait que spécifier une occurrence X déjà présente dans la situation considérée en l'identifiant à une occurrence Y qui, elle, a été construite indépendamment de cette situation. Cette opération d'identification permet de construire une entité au statut double, qui emprunte ses coordonnées situationnelles à X et son identité notionnelle à Y.
Résumé : La réduplication du N et de l'Adj en khmer est un phénomène massif.
Sur la base d'un inventaire raisonné des valeurs et emplois en contexte de ces deux types de séquence rédupliquées, nous chercherons à montrer que la syntaxe d'une séquence de la forme /N N/ ou /Adj Adj/ est différente de celle des séquences de la forme /N/ ou /Adj/.
Une telle approche revient à considérer que la réduplication est au coeur du système de la langue khmère. Elle ne fait pas appel aux notions d'iconicité et d'expressivité trop souvent utilisées pour décrire la réduplication.
Partant des travaux de M. Jarrega sur le pluriel, nous introduirons
la notion de pluralité qualitative pour rendre compte de la sémantique
de la réduplication nominale et adjectivale.
[Lors des Journées consacrées à la `pluralité' (Université Paris 8 / 7
novembre 2008) D. Thach et D. Paillard ont présenté une communication
sur la réduplication nominale en khmer]
Résumé : La réciprocité est considérée comme renvoyant à une
relation binaire telle qu’elle est représentée par le schéma :
Cet exposé est consacré à l’étude de la réciprocité et ses marqueurs en français contemporain : /réciproquement/, /mutuellement,/ /l’un l’autre/ et/ entre + /N/ /(pronom, nom) qui occupent une place marginale dans la littérature consacrée à ce sujet.
Dans les grammaires de référence, ces marqueurs sont souvent réduits à
la fonction de `désambiguïsateurs’ des verbes pronominaux (cf. ii) :
(i) Ils se critiquent (`réfléchi’ ou `réciproque’).
(ii) Ils se critiquent /réciproquement ///mutuellement ///l’un
l’autre/entre eux/ (`réciproque’).
(iii) Ils se critiquent eux-mêmes (`réfléchi’).
En (i) où il y a une ambiguïté de l’interprétation réfléchie /réciproque, l’ajout de ces marqueurs serait censé lever cette ambiguïté, éliminant ainsi l’interprétation réfléchie (ii), de la même façon que l’ajout de /eux-mêmes /élimine l’interprétation réciproque (iii).
Toutefois, dans les énoncés suivants où il n’y a pas d’ambiguïté
d’interprétation (l’interprétation réfléchie est exclue), on voit que
chaque marqueur a sa distribution propre :
(1) - Je vous souhaite de bonnes vacances ! - Et /réciproquement /!
(2) Alors, j'ai fait rechercher leurs cadavres au milieu des autres.
On les a trouvés embrassés - pour la première fois de leur vie sans
doute. Ils s’étaient embrochés /mutuellement, /[...]/. /(Anouilh,
frantext)
(3) « C’est gentil de voir les deux frères si tendres /l’un avec
l’autre/ », dit la princesse à Oriane. (Proust, frantext)
(4) Les loups ne se mangent pas /entre eux/. (Proverbe)
Dans (1), tous les autres marqueurs sont bloqués ; dans (2) /l’un l’autre/ est également possible, mais le choix de /mutuellement* */par l’écrivain nous semble être justifié par l’adéquation de ce marqueur à la situation qu’il veut décrire ; (3) où /réciproquement/ et /mutuellement/* *sont bloqués révèle que /l’un l’autre/ n’est pas limité aux verbes pronominaux ; enfin dans (4) en tant que proverbe, /entre eux/ fait partie d’une expression figée (tous les autres marqueurs sont exclus).
Ces contraintes montrent l’insuffisance de la caractérisation des quatre marqueurs comme des simples `désambiguïsateurs’, voire comme des `synonymes’ tel qu’ils sont décrits dans les dictionnaires.
Dans cet exposé, nous proposons de définir la réciprocité comme un rapport associant un ensemble de termes lexicaux (X, Y ) susceptibles d’instancier les places d’argument d’un schéma prédicatif d’une part, l’altérité des places d’argument d’un prédicat à deux places: < ( ) r ( )> d’autre part ; l’ensemble des termes lexicaux est indifférencié : l’altérité que fonde les deux places n’entraîne pas de partition de l’ensemble.
Sur la base de cette caractérisation de la réciprocité, nous montrerons que ces quatre marqueurs spécifient chacun à leur manière le rapport entre les termes lexicaux de l'ensemble et les places d'argument, ce qui permet de distinguer différents types de réciprocité.
Résumé :
Longtemps les travaux de ce séminaire se sont reconnus derrière l'intitulé «Identité et variation», intitulé faisant référence à une thèse selon laquelle l'identité des unités morpho-lexicales est indissociable des variations dans lesquelles ces unités peuvent être prises : l'identité est indissociable de ces variations parce que celles-ci sont ce qui fait cette identité.
La notion même de variation cependant suppose en elle-même une identité, qui est ce qui varie, pour prendre ainsi plusieurs valeurs, plusieurs formes, ou pour s'inscrire dans des fonctionnements variés. La variation suppose une permanence : ce même qui se trouve varier, et dont on soutient donc que l'identité est de varier.
Avec la notion de variété, on va plus loin dans la mise en jeu de l'identité : car dans la variété, il faut qu'il y ait du varié, pas forcément que quelque chose ( « une seule chose » comme dit Le Robert à l'entrée /varier/) varie.
Or il arrive qu'on ait affaire à de la variété sans que l'on soit certain qu'il s'agisse d'une simple variation ; avec des caractéristiques suffisamment variées pour que l'identité soit en jeu, et en même temps une forme de continuité, au moins de proche en proche, qui empêche de renoncer simplement à cette identité. Cela arrive même un peu partout dans les langues. Trop fréquemment pour ne pas y voir un phénomène général caractéristique des langues naturelles.
On envisagera cette année que ce puisse être une propriété des unités morpho-lexicales que leur identité puisse de fait se trouver prise dans de telles variétés. Et on essaiera de caractériser ces variétés, d'en prendre la mesure, d'en reconstituer les ressorts.
Pour observer ces variétés, il faut que soient pris en compte dans les observables des /corpora/ très variés, où la multiplication des postes d'observation fait éclater les unités : prise en compte de toute la variété des registres de langue, de toutes les variations syntaxiques, de toutes les variations pragmatiques, des dérivés morphologiques, et puis des idiotismes, mais aussi des jeux d'homophonie, et encore des étymologies, et même des avatars exogènes, et aussi des élaborations conceptuelles auxquelles peuvent donner lieu les référents que l'unité peut désigner. L'identité morpho-lexicale déploie de la sorte un espace qui ne se peut circonscrire que par la prise en compte des marges atteintes à l'issue d'un étirement maximal, en réintégrant au coeur de la description les zones où cette identité devient un enjeu. Rien ne prouve que ce qui organise ces variétés soit homogène d'un cas de figure à l'autre. C'est l'un des objectifs d'arriver à en décider.Parmi les faits qui pourront être analysés, il y a les comportements différenciés d'un item lexical selon qu'il est pris dans une terminologie, associé à une élaboration conceptuelle, vidé de toute valeur pour être réduit à une formule dans quelque langue de bois, doté au contraire de l'efficace pragmatique d'un performatif, rapporté à une opération syntaxique. Il y a les dérives d'une unité ou d'une construction d'une langue à l'autre, entre emprunts, calques, variantes ou dérivations. Il y a les jeux de grammaticalisation et de lexicalisation, de démotivation et de remotivation.
Il y a aussi tout le domaine de la morphologie, avec des segments jokers, parfois dotés de sens, parfois singularisés lexicalement, parfois identifiés seulement phonologiquement, parfois associés à un fonctionnement syntaxique, etc. On peut étudier de ce point de vue le marquage du genre (dans les langues à genre) ou de la classe (dans les langues à classe), avec un même segment qui peut avoir selon les cas une identité sémantique, ou simplement syntaxique, ou lexicale, ou phonologique. Mais il est frappant que ce soit le cas en fait de la plupart des segments morphologiques, et en particulier de ceux pour lesquels on s'y attendrait le moins. Ainsi les suffixes du français sont-ils considérés comme étant définis par leur rôle syntaxique : au point que certaines écoles aient pu définir les suffixes par leur rôle catégoriel et rapporter le -eur féminin à une règle de construction de mots, qui construit un nom à partir d'un adjectif. Or on s'aperçoit que certains au moins des suffixes en question se caractérisent au contraire par des distributions syntaxiques et des valeurs qui sont largement hétérogènes : toute une variété d'emplois qui confère au suffixe des identités variées plutôt qu'une seule identité variable.
Plutôt que de consacrer les séminaires à une succession d'exposés, on propose que chaque séance soit une séance de travail, où plusieurs participants s'attellent à une question, sous la supervision d'un modérateur.
Pour ce premier séminaire de l'année, on présentera d'abord la problématique générale de la variété ; on discutera des formes qu'elle peut prendre dans le cas de ces unités que Denis Paillard décrit comme des marqueurs discursifs ; on discutera de la forme qu'elle peut prendre dans les cas de terminologisation ou de déterminologisation ; et on proposera que soit analysée de ce point de vue la variété des fonctionnements linguistiques des suffixes /-ail, -ure/ et /-age,/ à partir de l'examen des quelques données suivantes, que chacun des participants aura pu commencer à examiner :